Remonter le temps à Pecquencourt, c'est traverser dix siècles d'histoire : une abbaye fondée par des chevaliers croisés, un géant du XVIᵉ siècle qui a sauvé la ville, des mineurs polonais venus peupler des cités ouvrières, et un centre-ville qui a su se réinventer sans oublier d'où il vient. Voici le récit de cette mémoire commune.

Le blason : un cerf sur fond de lys

Le blason de Pecquencourt se décrit ainsi : “d'azur semé de fleurs de lys d'or, au cerf d'argent passant sur le tout”. Ces armes sont héritées de l'abbaye d'Anchin, qui occupait le territoire de la commune jusqu'à sa destruction en 1792. Le cerf et les lys témoignent de l'empreinte durable laissée par l'abbaye sur l'identité de la ville.

D'où vient le nom « Pecquencourt » ?

L'explication selon laquelle Pecquencourt viendrait d'un « domaine des pêcheurs » (pescatoris curtis) est une latinisation tardive, apparue au XIᵉ siècle, qui ne correspond pas à l'origine réelle du nom.

Pecquencourt appartient en réalité à la famille des noms en « -court », formés entre le Vᵉ et le Xᵉ siècle, lorsque des domaines étaient fondés sur le sol gallo-romain par des populations d'origine germanique. Le suffixe « court » est d'origine romane, issu du croisement entre le gaulois et le latin, tandis que le nom du propriétaire du domaine — ici Pecco ou Picca — était le plus souvent germanique, selon un usage courant à l'époque carolingienne. Ce type de formation disparaît après le Xᵉ siècle, ce qui permet de situer les origines de Pecquencourt dans le haut Moyen Âge.

Une ville née autour d'une abbaye

Fortifiée par des remparts de terre et de grès et protégée par un double fossé rempli d'eau, Pecquencourt s'est développée autour de l'abbaye d'Anchin, fondée en 1079 par deux chevaliers de la région, Wautier et Sicher, avec le soutien de l'évêque de Cambrai et d'Ansel de Ribemont. Une tradition rapporte qu'un ermite nommé Gordaine se serait retiré auparavant sur l'îlot d'Anchin pour y prêcher dans les villages voisins.

La même année, Mathilde et son fils Wautier font don à l'abbaye de la moitié de la ville, avec ses terres, ses bois et ses eaux. Les siècles suivants sont marqués par plusieurs événements : un incendie ravage le monastère dès 1083, une nouvelle église est consacrée en 1250 par un cardinal venu de Rome, un bailli du Hainaut envahit la ville en 1353, la foudre frappe un clocher en 1543. La commune traverse également les troubles religieux du XVIᵉ siècle : en 1566, des bandes armées venues de Marchiennes menacent l'abbaye avant d'être repoussées, et en 1578, abbé et curé, suspectés de sympathies espagnoles, doivent fuir en France.

L'histoire de l'abbaye s'achève en 1792 : ses bâtiments sont vendus aux enchères le 2 mars puis rasés, et ses œuvres d'art dispersées ou détruites, mettant fin à sept siècles de présence monastique sur le territoire.

La ville fortifiée d'après un plan du XVIᵉ siècle

Un plan à main levée de l'époque permet d'identifier les principaux repères de la Pecquencourt fortifiée : la porte de Douai, dite « Chantereine », la porte de Valenciennes vers Bruille, la chapelle Notre-Dame-des-Ardents (détruite en 1794), le pilori réservé aux condamnés, la maladrerie où étaient isolés les lépreux, l'abbaye d'Anchin et l'église Saint-Gilles. Entourée de fossés et fermée par des portes fortifiées, la ville connaît alors l'époque de Charles Quint, les guerres d'Italie, les tensions religieuses, et l'action de son bailli Fery de Guyon.

Le monument aux morts

Inauguré le 24 juin 1923, le monument aux morts de Pecquencourt reflète les débats de l'après-guerre concernant sa vocation. En 1920, le conseil municipal envisage d'abord un monument à la mémoire de Jean Jaurès, assassiné en 1914. Le projet évolue ensuite vers un hommage aux « martyrs », avant que la municipalité ne se prononce, en novembre 1922, pour un monument dédié aux enfants de Pecquencourt « morts pour la France ».

Réalisé par le marbrier douaisien Georges Vincart pour 10 275 francs, financés pour moitié par une souscription publique, le monument prend la forme d'une stèle pyramidale en pierre bleue de Soignies, ornée de palmes et portant l'inscription « Honneur aux martyrs de 1914-1918 ». Installé d'abord au cimetière, il est déplacé en 1959 rue d'Anchin lors de la construction du nouvel Hôtel de Ville, puis une nouvelle fois lors de la réhabilitation du centre-ville, pour rejoindre son emplacement actuel, face au square Patrick-Vanandrewelt. Des plaques y ont été ajoutées au fil du temps, en hommage aux résistants puis à l'ensemble des victimes civiles et militaires des conflits du XXᵉ siècle.

Trois soldats canadiens au cimetière communal

Dans l'allée centrale du cimetière communal reposent trois soldats canadiens de la Première Guerre mondiale : Franck Bélanger (24 ans), W. English (21 ans) et P. E. Giles (20 ans), tous trois du 4ᵉ bataillon de la 1ʳᵉ brigade d'infanterie du Central Ontario Regiment.

Le 18 octobre 1918, ces soldats entrent dans Pecquencourt environ un quart d'heure après le départ des troupes allemandes, permettant la libération de nombreux civils que l'occupant n'avait pas eu le temps d'évacuer, alors que l'artillerie allemande postée à Fenain pilonnait la zone. Les trois hommes perdent la vie lors d'accrochages avec des arrière-gardes allemandes retranchées près de la voie ferrée des mines, entre Rieulay et Pecquencourt. Leur mémoire est honorée chaque 11 novembre lors de la cérémonie commémorative.

Les cités Sainte-Marie et Lemay

Il y a un peu plus d'un siècle, l'emplacement de l'actuel Lieu Multi-Accueil de Lemay n'était que campagne, face aux bois de Notre-Dame, de Malbossart et des Éclusettes. C'est l'entre-deux-guerres qui transforme Pecquencourt, jusqu'alors bourg rural, en cité minière.

Le fonçage du puits n°1 de la fosse Lemay débute en 1912 à l'initiative de Paul Lemay, administrateur des mines d'Aniche ; la production démarre en 1914. Le puits n°2, entamé en 1913, voit son chantier interrompu par la guerre avant d'entrer en exploitation en 1921. Pour loger la main-d'œuvre, en grande partie polonaise, la Compagnie des mines d'Aniche fait construire les cités Sainte-Marie et Lemay, qui donnent naissance, avec l'école des houillères et les commerces environnants, au quartier alors désigné comme le « Nouveau Monde ».

Les deux cités présentent des architectures distinctes : Sainte-Marie s'organise en rues courbes bordées de jardinets en façade, tandis que Lemay adopte un plan en quadrillage, avec des maisons alignées derrière un grand jardin. Les chevalets et la voie ferrée ont depuis disparu, mais ces cités demeurent les derniers témoins du passé minier de la ville, un patrimoine aujourd'hui reconnu par l'UNESCO.

Le géant de la ville : Féry de Guyon

Le géant de Pecquencourt représente un personnage historique du XVIᵉ siècle, Féry de Guyon, né en 1507 en Franche-Comté. À seize ans, il quitte le foyer familial pour devenir page à Besançon, au début d'une carrière militaire de près de quarante ans.

Le parcours militaire.
Féry de Guyon sert l'empereur Charles Quint à travers l'Europe : guerres d'Italie, où il assiste à la mort du chevalier Bayard, sac de Rome, campagne contre les Turcs à Vienne, prise de Tunis, garde personnelle de l'empereur en Espagne. En 1544, il s'installe à Pecquencourt et se marie l'année suivante avec Jeanne de Saint-Raagon, avec qui il aura neuf enfants. Il reprend néanmoins les armes pour de nouvelles campagnes avant de rentrer définitivement à Pecquencourt en 1559, après 36 ans de service.

Le bailli d'Anchin.
De retour à Pecquencourt, Féry de Guyon devient bailli d'Anchin, une charge de haute justice. En 1566, année dite « des Merveilles », une vague d'iconoclasme touche le Nord de la France : des groupes armés pillent plusieurs abbayes de la région et menacent Anchin. Féry de Guyon rassemble les paysans des environs, lève une troupe de 700 hommes et 24 cavaliers et repousse les assaillants près de Marchiennes le 26 août 1566, préservant ainsi l'abbaye et la ville.

Cette action lui vaut la reconnaissance de Marguerite de Parme, un présent du roi de France Charles IX, et sa nomination comme gouverneur du château de Bouchain par Philippe II — une charge qu'il n'occupera cependant jamais, étant décédé en 1570, le jour même où il devait en prendre possession.

Le centre-ville à travers le temps

La place du Général-de-Gaulle et son jet d'eau, le kiosque, l'église Saint-Gilles, le square Patrick-Vanandrewelt, ainsi que les commerces et cafés qui l'animent, constituent aujourd'hui le cœur de la ville. Sa réhabilitation a valu à la commune les « Rubans du Patrimoine » en 2003. Les éléments suivants retracent l'évolution de ce quartier au cours du siècle dernier.

L'Hôtel de Ville. Le bâtiment actuel a été construit en 1859, à l'emplacement de l'ancien hôtel de ville du XVᵉ siècle, édifié sur pilotis et madriers de chêne et alors désigné comme la « halle » ou « maison commune ». Devenu vétuste, il a été démoli en 1957 et remplacé par le bâtiment actuel, récemment rénové. En face, une bascule publique commandée en 1908 servait à peser marchandises et bêtes.

L'église. Son noyau d'origine, la chapelle Saint-Gilles, remonte au XIIIᵉ siècle. Ses œils-de-bœuf, longtemps masqués par un toit pentu, ont été redécouverts en octobre 1918, lorsque l'explosion d'une mine allemande a endommagé le pignon sud de l'édifice et révélé son plafond d'origine. Un bâtiment attenant abritait la pompe à incendie communale, acquise en 1841, montée sur quatre roues puis modernisée sur pneumatiques dans les années 1930. Elle est aujourd'hui exposée dans le hall de la mairie.

La rue d'Anchin. Elle doit son nom au chemin qui menait à l'abbaye, après avoir franchi le « Fossé de Saleau », à proximité des lieux-dits « La Galette » et « La Buse ».

La rue des Prêtres, aujourd'hui rue d'Estienne-d'Orves, desservait le presbytère (actuel centre social municipal Françoise-Dolto) et s'arrêtait à hauteur de l'ancienne école, construite vers 1560.

La Grand-Place, plantée d'arbres et bordée d'une dizaine de débits de boissons au début du XXᵉ siècle, n'était alors fréquentée que par des voitures hippomobiles et des brouettes.

L'école des filles, inaugurée en janvier 1908, fermait la place aux côtés de la ferme de M. et Mme Crametz. La disparition de cette ferme a permis l'aménagement de l'espace occupé aujourd'hui par la salle des fêtes, la poste, les habitations de la rue du Raviné et le kiosque.

La rue de Douai, actuelle rue Gustave-Coliez, ne disposait pas de l'eau courante : les habitants devaient se rendre à la pompe. L'adduction d'eau n'est mise en place qu'en 1952, et les anciennes pompes et canalisations sont vendues aux enchères en 1955.